Qu'est-ce que l'Aikido ?

Tiré de la version française du Tome 1 de la nouvelle série de livres Takemusu Aikido écrite par Saito Sensei en collaboration avec Stanley Pranin. (Traduction française : Daniel Toutain et Patrick Durand - Edition Budo Concept).

Reproduit ici avec l'autorisation spéciale de :
© Stanley Pranin -Aiki News- et Budo Concept.

Un Art Martial...

L'art martial qu'est l'aïkido a acquis depuis quelques années une grande notoriété au Japon, sa terre natale, comme à l'étranger. Cette popularité est la conséquence naturelle de son développement constant au cours des quatre dernières décennies et de sa récente apparition dans des films américains qui ont été vus par des centaines de millions de spectateurs. Même si le public le considère à juste titre comme un art martial, il a tendance à faire un amalgame entre l'aïkido et d'autres arts de combat bien connus, tels que le judo, le karaté, le kung-fu et le taekwondo.

...différent

En quoi l'aïkido diffère-t-il de ces autres arts martiaux ? Hormis des différences techniques évidentes, l'aïkido est unique du fait qu'il est exclusivement un art de défense. L'aïkido ne comporte pas de techniques d'attaque, révélant en cela ses principes philosophiques et éthiques, alors que d'autres arts martiaux possèdent à la fois des techniques offensives et des techniques défensives. Bon nombre d'entre eux en sont venus à privilégier l'aspect sportif de la pratique. C'est le cas du judo, sport olympique depuis 1964, du karaté, du taekwondo et de divers autres arts martiaux. Pour beaucoup de pratiquants de ces disciplines, la participation aux compétitions et la victoire sont plus importantes que le fait d'apprendre des techniques de défense.
En aïkido, l'accent est mis sur le développement spirituel de l'individu à travers l'acquisition de techniques défensives. La dimension éthique de l'aïkido imprègne tous les aspects de sa pratique, que ce soit sur le tatami ou en dehors de celui-ci. Dans la philosophie du fondateur, Morihei Ueshiba, l'aïkido est un moyen d'unir les gens dans une "famille universelle". Il ne s'agit pas de blesser les autres, mais plutôt de "se protéger de manière bienveillante". Lors d'une confrontation physique, l'idéal pour le pratiquant chevronné d'aïkido est de se servir uniquement du contrôle nécessaire à la neutralisation de l'attaque en cherchant à éviter de blesser l'agresseur. En fait, les adeptes sincères de l'aïkido aspirent à atteindre un niveau encore plus élevé en essayant d'être sensible au conflit et à la violence potentielle en toutes circonstances, que ce soit sur le plan relationnel, social ou autre. Il faut anticiper les situations de confrontation physique et les éviter totalement en cultivant la confiance en soi, la lucidité et l'intuition. Atteindre ce but requiert inévitablement de nombreuses années de pratique assidue. Mais l'aïkido est la discipline de toute une vie et une pratique authentique aboutit à des progrès techniques constants, ainsi qu'à une meilleure compréhensio n de la nature humaine.

L'aïkido, dont les objectifs sont distincts de ceux d'autres arts de combat, a tendance à attirer les personnes intéressées par ses concepts d'harmonie dans les échanges et ses principes de résolution des conflits. Ceux qui recherchent essentiellement l'acquisition de techniques de combat pour se défendre dans la rue ou pour gagner des compétitions s'orientent tout naturellement vers d'autres arts martiaux. Pourtant, il serait faux de supposer que la pratique de l'aïkido n'est pas vigoureuse ou que ses techniques sont inefficaces. Pratiqué de la manière traditionnelle telle qu'elle était enseignée par son fondateur, l'aïkido conserve de toute évidence un caractère martial. Les techniques sont exécutées fermement, mais sans intention violente. De puissants blocages articulaires et des immobilisations permettent le contrôle e t la neutralisation de l'adversaire sans lui causer de blessure ou de traumatisme. L'aïkido comporte en fait des techniques capables de causer de sérieux dégâts corporels et même d'entraîner la mort, mais ses principes interdisent d'avoir un comportement aussi destructeur.

Développement de l'Aikido à travers le monde

Le développement international de l'aïkido n'a commencé qu'après la fin de la Seconde Guerre mondiale. L'aïkido pratiqué aujourd'hui découle plus d'interprétations de professeurs célèbres que de l'art du fondateur lui-même. Ces enseignants réputés, tels que Gozo Shioda, Koichi Tohei, Kisshomaru Ueshiba, Kenji Tomiki et Minoru Mochizuki, tous disciples avancés de Morihei Ueshiba, introduisirent progressivement leurs modifications personnelles entre le début des années cinquante et la fin des années soixante. Aujourd'hui, ces formes dérivées de l'aïkido présentent chacune des caractéristiques distinctes et uniques. L'existence de différentes interprétations de l'aïkido s'explique principalement par le contexte historique, notamment la Seconde Guerre mondiale, par la longue retraite du fondateur à Iwama, par son âge avancé à l'époque du début de la popularisation de l'aïkido, et par le fait qu'il ne participait pas aux activités d'organisation et d'administration.

Le rôle de Maître SAITO dans le développement de l'Aikido

A partir du milieu des années soixante-dix, les méthodes d'entraînement de Morihiro Saito sont devenues populaires à travers le monde, essentiellement en raison de la série de cinq volumes techniques Traditional Aikido qu'il publia et de ses nombreux voyages à l'étranger. On peut attribuer le succès de Morihiro Saito, comme celui d'autres professeurs avant lui, à sa maîtrise technique et à son approche rationnelle de l'enseignement.
Morihiro Saito eut la chance de passer plus de temps que quiconque, que ce soit avant ou après la guerre, à s'entraîner directement avec le fondateur. Ses méthodes se distinguent de celles de ses prédécesseurs par l'égale importance qu'il accorde au taijutsu (techniques à mains nues) et aux armes de l'aïki que sont le ken (sabre) et le jo (bâton). Pour différentes raisons, la pratique de ces armes n'est pas largement répandue dans le monde de l'aïkido aujourd'hui. Il n'y eut en effet que quelques personnes à expérimenter l'entraînement aux armes sous la direction du fondateur et il en résulte que le nombre d'instructeurs qualifiés pour leur enseignement est plutôt limité.
Morihiro Saito acquit la maîtrise de ces armes durant ses longues années d'entraînement sous la direction du fondateur à Iwama et au cours des années qu'il passa ensuite à en expérimenter et à en perfectionner la pratique. Son programme technique est devenu tout naturellement la norme pour l'étude des armes de l'aïkido dans le monde entier. La pratique de l'aïki ken et de l'aïki jo apporte une meilleure compréhension de la distance de combat, du positionnement et d u centrage du corps. Elle conduit à adopter une bonne posture, renforce les bras et les épaules, ce qui a pour effet d'améliorer l'exécution des techniques à mains nues. Cette pratique des armes fait partie intégrante du programme d'enseignement de Morihiro Saito et constitue le complément idéal et indispensable de l'entraînement à mains nues.
Morihiro Saito, un des rares enseignants à détenir le titre prestigieux de neuvième dan de l'Aïkikaï, pratique et enseigne depuis près de cinquante ans dans le dojo du fondateur à Iwama, où il débuta adolescent.
Depuis le début des années soixante-dix, il a reçu des milliers d'élèves internes qui, pour la plupart, viennent de l'étranger et passent de quelques jours à plusieurs années à s'entraîner dans l'un des rares dojos traditionnels existant encore au Japon. Le dojo d'Iwama, dirigé par Saito Sensei, a ceci d'unique qu'il propose la réunion de ce que la tradition et la modernité peuvent offrir de mieux: un endroit retiré destiné à un entraînement intensif, qui comprend un programme technique soigneusement structuré et des méthodes modernes d'enseignement.

Des illustrations viendront prochainement agrémenter ce texte.